Marrakech que j'aime

 de Najlae Naaoumi

Les plantes médicinales de Dame Nature

Vous manquez d’énergie ? Direction l’herboristerie la plus proche pour trouver un remède à base de végétaux. Une pincée de fleurs de rose, un zeste de gingembre, quelques racines de ginseng, et le tour est joué. Ballade dans le souk pour percer le pouvoir caché des plantes.

Cultivées depuis des siècles dans l’ensemble du monde arabe, le Maroc se distingue des autres pays pour sa grande variété de plantes médicinales. De l’estragon à la ciboulette en passant par l’absinthe ou la camomille, sans oublier les épices, les plantes de grandes cultures (pavot, ergot) et bien sûr les plantes pour tisanes (menthe, sauge, fleur d’oranger), pas une région du Royaume n’échappe à la culture de cet art ancestral.

Une histoire de  traditions

Avec 4.000 espèces recensées, dont seulement 280 sont exploitées, la phytothérapie est très ancienne au Maroc et continue aujourd’hui d’être massivement employée comme médecine parallèle. Dès la plus Haute Antiquité, le transport de ces ressources se faisait par caravane depuis la région d’Agadir. Depuis, cette activité a perduré, grâce à son enseignement académique dans les universités ainsi qu’à l’influence des voisins méditerranéens et africains.

Aujourd’hui encore, les Marocains restent très friands de ces procédés séculaires, qui continuent d’avoir leur place dans les cuisines des familles les plus modernes. Ainsi, huit Marocains sur dix déclarent avoir recours aux plantes médicinales, leur approvisionnement se faisant essentiellement auprès des "attar" (épiciers) et des "achab" (herboristes).

Ces traditions médicales s’inspirent principalement de la médecine arabe classique et de l’expérience des anciens ayant découvert les vertus de ces plantes empiriquement. Les plantes sont utilisées fraîches ou séchées, et peuvent être mixées dans des préparations diverses comme les tisanes, les compresses ou les baumes.

Afin de conserver les principes actifs des plantes et éviter toute décomposition, elles sont aussi broyées pour obtenir une poudre qui est alors macérée dans un mélange d’eau et d’alcool. La solution est ensuite séchée jusqu’à l’obtention d’un mélange solidifié sous forme de comprimés ou de gélules.

Un vieux commerce florissant

Des odeurs de toutes sortes, des épices, des plantes, des racines  séchées….Le quartier des herboristes dans les souks est toujours impressionnant. Entre les échoppes, on sen, on admire, et on cherche à découvrir les secrets de ces herbes.

Particulièrement à Marrakech, l’activité des herboristes n’est pas exclusivement n’est pas exclusivement destinée aux  touristes. Derrière les murs de la médina, on retrouve des "attara" (parfumeurs), des religieux, des arracheurs de dents, des marabouts et plusieurs autres activités destinées au service de la population locale. Les gens sont de plus en plus demandeurs de "recettes" pour séduire l’être aimé, voire jeter un mauvais sort à la voisine acariâtre. Des remèdes quelque peu corsés et réalisés à base de végétaux et d’animaux séchés. Mais les remèdes traditionnels à base de plantes sont essentiellement utilisés pour les problèmes digestifs er respiratoires.

Si vous souffrez de stress, constipation, toux, mal de dos ou rhumatisme, ces artisans vous proposent de vous guérir aisément grâce à la camomille (babouni), du carvi (carouia), ou bien encore du lentisque (drou). Autre exemple, la graine illan, une céréale du Soudan introduite au Maroc il y a plusieurs siècles pour y être cultivée sur ses sols arides et pauvres. La tradition marocaine lui attribue des propriétés reconstituantes, antiasthéniques et antirachitiques.

Cependant, les herboristes ne maîtrisent pas toujours les dosages et peuvent parfois utiliser par inadvertance des plantes nuisibles. L’exemple du harmel est l’un des plus répandus, une matière néphro-toxique qui détruit les cellules rénales, mais que les herboristes traditionnels utilisent dans leurs recettes. Autre produit souvent utilisé, la kharchacha, plante très toxique que certaines nourrices recommandent pour le bébé "qui crie trop fort le soir". Dernière plante très dangereuse : le takaoute, substance utilisée par les femmes pour se teindre les cheveux. Comme quoi le naturel n’a pas toujours du bon…

 

Najlae Naaoumi